Finalement, je l'ai fait. Avec la laine toute douce qui fait comme un coucher de soleil.
mercredi 16 février 2011
mardi 8 février 2011
La solitude du documentaliste
J'explique souvent, trop souvent, en quoi consiste ma formation. Souvent, les yeux s'ouvrent très grands quand je dis que je fais des études de documentation (on peut aussi dire « sciences de l'information »). J'entends déjà les soupirs...
La profession a énormément évolué ces dernières années et suit l'évolution des nouvelles technologies. Non, nous ne classons plus des fiches cartonnées. Non, nous ne sommes pas (tous) des documentalistes de lycée. La grande majorité de mes camarades de promo (et moi-même, si rien ne change dans mes projets) seront documentalistes en entreprise - ce qui représente déjà une différence. Non, ce n'est pas une filière-poubelle de gens frustrés qui ont raté leur vie, il y a une sélection à l'entrée, sur dossier, et même une fois admis, il faut s'accrocher pour avoir le diplôme.
Je me souviens avoir entendu « pourquoi faire un bac +5 pour ranger des livres » de la part d'une étudiante en master de ressources humaines. Je me suis retenue de répliquer « pourquoi faire un bac +5 pour jeter des CV à la poubelle ? ». Mais je ne l'ai pas fait. J'aurais dû.
Aujourd'hui, le documentaliste est avant tout un gestionnaire de l'information. Les sciences de l'information recouvrent un vaste éventail de professions, de la veille au knowledge management (ou « gestion des connaissances »), en passant par la documentation juridique, la documentation scientifique... Notre métier consiste (entre autres !) à trouver, sélectionner, classer, diffuser sélectivement l'information, avec pour maître mot la pertinence. En somme : quelle information ? Pour quoi ? Pour qui ? Quand ? Avec quel budget ?
Nous ne sommes ni des spécialistes du classement, ni des bibliothécaires (bien qu'il y ait des points communs entre les documentalistes et les bibliothécaires, mais c'est un autre débat). Tous les documentalistes n'ont pas un master, certes. La formation peut aller du bac +0 (la personne qui a appris « sur le tas ») au doctorat, avec un éventail de compétences plus ou moins large, et souvent des doubles compétences (documentaliste et juriste, documentaliste et informaticien...).
Autre lieu commun : c'est une formation sans débouchés, un « truc qui ne mène à rien ». Actuellement, la documentation se porte bien : 100% d'insertion sur le marché du travail en quelques mois à la sortie du master de documentation de Lyon III. Nous vivons dans une « société de l'information », ne l'oublions pas, et les entreprises ont bien compris l'avantage stratégique qu'apporte un gestionnaire de l'information. De même, les offres de stage sont légion et nous avons l'embarras du choix - ça permet, entre autres, de faire jouer la concurrence et d'exiger une rémunération pour son stage, ce qui semble somme tout normal. En attendant, le grand public nous méprise ou nous ignore - dans le meilleur des cas.
Qu'est-ce qu'on apprend en doc' ? Beaucoup de choses, puisque nous devons pouvoir exercer des professions très différentes. C'est une formation aussi bien pratique que théorique. Nous apprenons à concevoir et utiliser des classifications documentaires (dont la plus célèbre est la Dewey), des thésaurus, des logiciels documentaires, des sites web aussi (ce qui passe, fatalement, par l'apprentissage de quelques rudiments de programmation informatique). Nous devons être en mesure de concevoir, gérer et consulter des bases de données... Nous devons (aussi) apprendre à rédiger, analyser, synthétiser et lire « vite et bien » des quantités impressionnantes de documents (parfois des centaines d'articles spécialisés quand on doit réaliser un dossier synthétique sur un sujet).
Un documentaliste doit être patient (l'information peut être très, très difficile à trouver, « secrète », surtout s'il y a un avantage stratégique à la clé) et humble (on ne peut pas tout comprendre et c'est difficile de faire un bonne synthèse sur un sujet qu'on ne maitrise pas). Il doit aussi être à l'écoute du commanditaire et l'aider à cerner ses besoins, car souvent la demande est claire (pour le commanditaire !), mais la formulation est obscure. Si la demande est mal formulée, on fait un hors sujet, et c'est dommage de passer des dizaines d'heures, parfois des centaines, sur un dossier qui ne sera pas pertinent. Le tout sans compter les tâches courantes et parfois rébarbatives : alimenter une base de données, gérer au quotidien un portail documentaire et trouver sa place dans une entreprise où la plupart des gens considèrent qu'on ne sert à rien, ça peut être ennuyeux à mourir.
Est-ce que je regrette d'avoir choisi cette voie ? Je ne sais pas encore. Pour le moment, j'aime assez ce que je fais. L'image du métier est relativement mauvaise (en plus d'être fausse) mais je pense que les choses vont changer dans les années à venir. Nous suivons l'évolution des nouvelles technologies, et on ne sait pas vraiment ce que sera la profession dans dix ans, vingt ans - il faut se former en permanence et c'est bien parce que sinon, on s'ennuierait ! Par ailleurs, il est possible, en cas de grosse déception, de bifurquer - vers l'informatique en particulier, car ne l'oublions pas, la formation de documentaliste est maintenant plus scientifique que littéraire. Quant à savoir si je conseillerais à un jeune bachelier de s'orienter vers la documentation... Je pense que c'est mieux de viser la double compétence et de faire autre chose avant, pour « raccrocher » en L3 ou même en master. Les documentalistes qui ont aussi une formation de juristes, d'économistes ou d'informaticiens sont particulièrement recherchés - et peuvent, par là même, trouver des postes plus intéressants.
Enfin, une référence : l'ADBS.
La profession a énormément évolué ces dernières années et suit l'évolution des nouvelles technologies. Non, nous ne classons plus des fiches cartonnées. Non, nous ne sommes pas (tous) des documentalistes de lycée. La grande majorité de mes camarades de promo (et moi-même, si rien ne change dans mes projets) seront documentalistes en entreprise - ce qui représente déjà une différence. Non, ce n'est pas une filière-poubelle de gens frustrés qui ont raté leur vie, il y a une sélection à l'entrée, sur dossier, et même une fois admis, il faut s'accrocher pour avoir le diplôme.
Je me souviens avoir entendu « pourquoi faire un bac +5 pour ranger des livres » de la part d'une étudiante en master de ressources humaines. Je me suis retenue de répliquer « pourquoi faire un bac +5 pour jeter des CV à la poubelle ? ». Mais je ne l'ai pas fait. J'aurais dû.
Aujourd'hui, le documentaliste est avant tout un gestionnaire de l'information. Les sciences de l'information recouvrent un vaste éventail de professions, de la veille au knowledge management (ou « gestion des connaissances »), en passant par la documentation juridique, la documentation scientifique... Notre métier consiste (entre autres !) à trouver, sélectionner, classer, diffuser sélectivement l'information, avec pour maître mot la pertinence. En somme : quelle information ? Pour quoi ? Pour qui ? Quand ? Avec quel budget ?
Nous ne sommes ni des spécialistes du classement, ni des bibliothécaires (bien qu'il y ait des points communs entre les documentalistes et les bibliothécaires, mais c'est un autre débat). Tous les documentalistes n'ont pas un master, certes. La formation peut aller du bac +0 (la personne qui a appris « sur le tas ») au doctorat, avec un éventail de compétences plus ou moins large, et souvent des doubles compétences (documentaliste et juriste, documentaliste et informaticien...).
Autre lieu commun : c'est une formation sans débouchés, un « truc qui ne mène à rien ». Actuellement, la documentation se porte bien : 100% d'insertion sur le marché du travail en quelques mois à la sortie du master de documentation de Lyon III. Nous vivons dans une « société de l'information », ne l'oublions pas, et les entreprises ont bien compris l'avantage stratégique qu'apporte un gestionnaire de l'information. De même, les offres de stage sont légion et nous avons l'embarras du choix - ça permet, entre autres, de faire jouer la concurrence et d'exiger une rémunération pour son stage, ce qui semble somme tout normal. En attendant, le grand public nous méprise ou nous ignore - dans le meilleur des cas.
Qu'est-ce qu'on apprend en doc' ? Beaucoup de choses, puisque nous devons pouvoir exercer des professions très différentes. C'est une formation aussi bien pratique que théorique. Nous apprenons à concevoir et utiliser des classifications documentaires (dont la plus célèbre est la Dewey), des thésaurus, des logiciels documentaires, des sites web aussi (ce qui passe, fatalement, par l'apprentissage de quelques rudiments de programmation informatique). Nous devons être en mesure de concevoir, gérer et consulter des bases de données... Nous devons (aussi) apprendre à rédiger, analyser, synthétiser et lire « vite et bien » des quantités impressionnantes de documents (parfois des centaines d'articles spécialisés quand on doit réaliser un dossier synthétique sur un sujet).
Un documentaliste doit être patient (l'information peut être très, très difficile à trouver, « secrète », surtout s'il y a un avantage stratégique à la clé) et humble (on ne peut pas tout comprendre et c'est difficile de faire un bonne synthèse sur un sujet qu'on ne maitrise pas). Il doit aussi être à l'écoute du commanditaire et l'aider à cerner ses besoins, car souvent la demande est claire (pour le commanditaire !), mais la formulation est obscure. Si la demande est mal formulée, on fait un hors sujet, et c'est dommage de passer des dizaines d'heures, parfois des centaines, sur un dossier qui ne sera pas pertinent. Le tout sans compter les tâches courantes et parfois rébarbatives : alimenter une base de données, gérer au quotidien un portail documentaire et trouver sa place dans une entreprise où la plupart des gens considèrent qu'on ne sert à rien, ça peut être ennuyeux à mourir.
Est-ce que je regrette d'avoir choisi cette voie ? Je ne sais pas encore. Pour le moment, j'aime assez ce que je fais. L'image du métier est relativement mauvaise (en plus d'être fausse) mais je pense que les choses vont changer dans les années à venir. Nous suivons l'évolution des nouvelles technologies, et on ne sait pas vraiment ce que sera la profession dans dix ans, vingt ans - il faut se former en permanence et c'est bien parce que sinon, on s'ennuierait ! Par ailleurs, il est possible, en cas de grosse déception, de bifurquer - vers l'informatique en particulier, car ne l'oublions pas, la formation de documentaliste est maintenant plus scientifique que littéraire. Quant à savoir si je conseillerais à un jeune bachelier de s'orienter vers la documentation... Je pense que c'est mieux de viser la double compétence et de faire autre chose avant, pour « raccrocher » en L3 ou même en master. Les documentalistes qui ont aussi une formation de juristes, d'économistes ou d'informaticiens sont particulièrement recherchés - et peuvent, par là même, trouver des postes plus intéressants.
Enfin, une référence : l'ADBS.
lundi 24 janvier 2011
Le jazz du voleur de pommes
... ou Äppelknyckarjazz en suédois. Ou la suite de mes errances dans la langue de Selma Lagerlöf.
Il sera ici question du groupe Movits, qui n'a rien à voir avec « move it », mais tire son nom d'un musicien du XVIème siècle, Father Movitz, lui-même loué au XVIIIème siècle par Carl Michael Bellman. Ils viennent de Luleå, au nord de la Suède - là où il fait -20°C en hiver.
Ils chantent uniquement en suédois, proposant un univers musical bien à eux entre le swing, le jazz et le rap. Leurs textes et leurs vidéos sont graves, drôles, mélodieux, intraduisibles. Äppelknyckarjazz est leur premier album - et leur seul album, pour le moment. Ils utilisent énormément d'instruments, du saxophone au banjo en passant par la grosse caisse de fanfare, l'accordéon, la contrebasse et la guitare. Les mélodies sont entraînantes, et même si les sujets sont parfois graves, la musique doit donner envie de danser.
Je vous recommande tout particulièrement Fel Del Av Gården, pour le clip, la musique, les pas de danse... Et évidemment Äppelknyckarjazz, le jazz du voleur de pommes.
Ils ont aussi un site : http://www.firstwetakemanhattan.se/
Il sera ici question du groupe Movits, qui n'a rien à voir avec « move it », mais tire son nom d'un musicien du XVIème siècle, Father Movitz, lui-même loué au XVIIIème siècle par Carl Michael Bellman. Ils viennent de Luleå, au nord de la Suède - là où il fait -20°C en hiver.
Ils chantent uniquement en suédois, proposant un univers musical bien à eux entre le swing, le jazz et le rap. Leurs textes et leurs vidéos sont graves, drôles, mélodieux, intraduisibles. Äppelknyckarjazz est leur premier album - et leur seul album, pour le moment. Ils utilisent énormément d'instruments, du saxophone au banjo en passant par la grosse caisse de fanfare, l'accordéon, la contrebasse et la guitare. Les mélodies sont entraînantes, et même si les sujets sont parfois graves, la musique doit donner envie de danser.
Je vous recommande tout particulièrement Fel Del Av Gården, pour le clip, la musique, les pas de danse... Et évidemment Äppelknyckarjazz, le jazz du voleur de pommes.
Ils ont aussi un site : http://www.firstwetakemanhattan.se/
mercredi 24 novembre 2010
Attitude
Le grand enjeu de la vie n'est peut-être pas d'être bon mais d'être bienveillant...
En attendant, je lève la tête et je regarde passer les oiseaux.
En attendant, je lève la tête et je regarde passer les oiseaux.
vendredi 19 novembre 2010
Dérangeant...
Je ne dis pas que j'adhère. Pas du tout même. J'ai été profondément dérangée par cette vidéo. Peut-être à cause de la musique, peut-être à cause de la violence qui s'en dégage.
Arts Decaux
Toute société crée ses marginaux - la société a besoin de ses marginaux comme la page a besoin d'une marge. Et quoi qu'il arrive... la marge fait partie de la page, tout comme les marginaux font partie de la société, et, souvent sans s'en rendre compte, participent à son fonctionnement. Ils servent bien souvent de contre-exemple en voulant donner du grain à moudre. Comment peut-on changer une société en s'en extrayant d'emblée ? Comment peut-on solliciter l'adhésion des gens en les culpabilisant et en leur imposant un message négatif ? Si la pub fonctionne, c'est justement parce qu'elle séduit et valorise le consommateur. Pour proposer un nouveau gâteau et une répartition plus juste, il faudrait peut-être commencer par utiliser des ingrédients qui ont fait leurs preuves.
La révolution - la vraie, celle des esprits, pas celle qui consiste à faire un tour sur soi-même en perdant des plumes - se fait en construisant et non en détruisant. Un peu comme ma collègue végétarienne qui travaille chez Quick et fait de chaque hamburger une offrande, quelque-chose de quasiment sacré.
Arts Decaux
Toute société crée ses marginaux - la société a besoin de ses marginaux comme la page a besoin d'une marge. Et quoi qu'il arrive... la marge fait partie de la page, tout comme les marginaux font partie de la société, et, souvent sans s'en rendre compte, participent à son fonctionnement. Ils servent bien souvent de contre-exemple en voulant donner du grain à moudre. Comment peut-on changer une société en s'en extrayant d'emblée ? Comment peut-on solliciter l'adhésion des gens en les culpabilisant et en leur imposant un message négatif ? Si la pub fonctionne, c'est justement parce qu'elle séduit et valorise le consommateur. Pour proposer un nouveau gâteau et une répartition plus juste, il faudrait peut-être commencer par utiliser des ingrédients qui ont fait leurs preuves.
La révolution - la vraie, celle des esprits, pas celle qui consiste à faire un tour sur soi-même en perdant des plumes - se fait en construisant et non en détruisant. Un peu comme ma collègue végétarienne qui travaille chez Quick et fait de chaque hamburger une offrande, quelque-chose de quasiment sacré.
mercredi 10 novembre 2010
The woman in white
Avez-vous un panthéon personnel ? Un sanctuaire intérieur où se trouve les gens que vous avez aimés, admirés, côtoyés, dans la réalité ou par le biais de leurs œuvres ?
J'ai le mien depuis longtemps, c'est une affaire de temps, de patience, c'est presque religieux. On y pense, on y repense, on s'y promène aussi. On attend et on contemple. Comme quand certains écrits ou certains morceaux de musique nous coupent le souffle, parce que nul ne peut surmonter tant de beauté.
Une femme en blanc vient d'entrer discrètement dans mon panthéon personnel. Emily Dickinson. Que ne l'ai-je pas lue, côtoyée, connue plus tôt ! Que de temps perdu ! Maintenant, je laisse son nom et ses vers résonner dans ma tête comme on laisse un bonbon fondre dans sa bouche.
J'ai le mien depuis longtemps, c'est une affaire de temps, de patience, c'est presque religieux. On y pense, on y repense, on s'y promène aussi. On attend et on contemple. Comme quand certains écrits ou certains morceaux de musique nous coupent le souffle, parce que nul ne peut surmonter tant de beauté.
Une femme en blanc vient d'entrer discrètement dans mon panthéon personnel. Emily Dickinson. Que ne l'ai-je pas lue, côtoyée, connue plus tôt ! Que de temps perdu ! Maintenant, je laisse son nom et ses vers résonner dans ma tête comme on laisse un bonbon fondre dans sa bouche.
« That it will never come again
Is what makes life so sweet. »
vendredi 5 novembre 2010
Geek and co
Je ne vous parlerai pas de ma collègue ultra-geek qui mange en lisant des bouquins de science-fiction et me fait rire aux larmes en fermeture quand elle se met à parler du jeu de rôle qu'elle masterise depuis 5 ans. Ni même de la tête d'un autre collègue qui cherchait à comprendre quelque chose à la conversation.
Bref. On m'a demandé l'autre jour ce qu'était un geek. Vaste sujet. Comme tant d'autres mots, le substantif « geek » admet plusieurs acceptions, selon le pays, l'époque (et là tout évolue très vite), le groupe socio-culturel... Ma définition n'est ni la seule ni la meilleure. Ce n'est qu'une tentative. Voilà déjà un petit dessin sympathique sur le sujet.
Le geek serait, pour moi, quelqu'un qui, à l'âge adulte, continue à accorder dans la réalité une large place à ses rêves. En somme, quelqu'un de passionné, mais pas forcément passionnant (il peut même, selon sa passion, avoir l'air à la fois ennuyeux et bizarre, cf Le dîner de cons). Le geek, c'est celui auquel ses passions peuvent donner l'air un peu fou ou décalé... ou même « pas tout à fait adulte ». Bref, c'est quelqu'un de pas fondamentalement raisonnable, souvent un peu dans les nuages, et facilement bavard si on commence incidemment à aborder son domaine de prédilection. Si l'on appelle l'étymologie au secours, geek viendrait du moyen-haut allemand geck, qui signifie littéralement « fou du village, marginal ». En somme, le geek est quelqu'un d'étrange et pas forcément fréquentable.
Le geek n'est pas forcément un fanatique des nouvelles technologies. On peut aussi être « book geek », « history geek », « maths geek » et pourquoi pas « Bible geek » ou « Chuck Norris geek ». L'important n'est pas tant la passion du geek que le simple fait d'être passionné au point d'en devenir potentiellement insupportable, ou au moins, étrange, et de vivre un peu « dans son monde ». On en rencontre un certain nombre parmi les rôlistes, souvent intarissables quand il s'agit de leur personnage, les fanatiques d'Isaac Asimov ou les scientifiques, mais on peut être « geek » de la littérature médiévale ou de la musique pop suédoise (et de Håkan en particulier).
Parmi les geeks célèbres, on peut compter Léonard de Vinci (et sa passion pour les machines volantes, à une époque où on pensait qu'un homme serait tué par une vitesse supérieure à celle du galop d'un cheval), Jules Verne, Isaac Asimov, Linus Torvalds, Richard Stallman, JRR Tolkien, peut-être James Joyce, Blixa Bargeld (dont le degré de geekitude frise l'indécence), Gary Gygax et Dave Arneson (les créateurs de Donjons et Dragons), Tim Burton, Claude-Nicolas Ledoux (architecte mais aussi utopiste) et encore beaucoup d'autres.
Peut-être que cet article peut donner l'impression que j'ai fait l'apologie du geek. Il faut donc que je modère un peu mes propos. Le geek s'expose souvent à quelques problèmes sociaux, dûs à son côté intarissable, et sachant qu'il est difficile de trouver des personnes partageant ses passions bizarres (plus la passion est étrange et plus le geek s'isole... Avant Internet, les geeks étaient souvent solitaires, comme Tolkien). De plus, vivre dans ses rêves comporte quelques risques, en particulier celui d'être un jour brutalement confronté à la réalité et de ne pas le supporter. Souvent, le geek est un être fragile et sensible que ses passions protègent. Cela n'est pas incompatible avec une inaptitude fondamentale à exprimer ses sentiments et une apparente rigidité. Avoir des passions débordantes permet de compenser quelque-chose - l'esprit humain a au moins autant horreur du vide que la nature.
Pour finir, une vidéo de l'une des geeks les plus bizarres que j'ai jamais pu rencontrer : Veronika Moreno, geek de la danse, de la musique, de la médecine, de la littérature, de la traductologie (si, si, ça existe), de l'ésotérisme et de tant de choses encore. Elle avait une bibliothèque aussi étrange que son appartement, une robe de mariée déchirée alors qu'elle ne s'est jamais mariée, des livres en 4 langues différentes et une tumeur au cerveau très rare qui résistait obstinément aux traitements. Elle est décédée en juin 2009, et c'est après sa mort que des gens ont commencé à s'intéresser à son travail de chorégraphe, mais seulement en Amérique latine et aux États-Unis. Encore une qui n'a pas survécu à ses rêves...
Bref. On m'a demandé l'autre jour ce qu'était un geek. Vaste sujet. Comme tant d'autres mots, le substantif « geek » admet plusieurs acceptions, selon le pays, l'époque (et là tout évolue très vite), le groupe socio-culturel... Ma définition n'est ni la seule ni la meilleure. Ce n'est qu'une tentative. Voilà déjà un petit dessin sympathique sur le sujet.
Le geek serait, pour moi, quelqu'un qui, à l'âge adulte, continue à accorder dans la réalité une large place à ses rêves. En somme, quelqu'un de passionné, mais pas forcément passionnant (il peut même, selon sa passion, avoir l'air à la fois ennuyeux et bizarre, cf Le dîner de cons). Le geek, c'est celui auquel ses passions peuvent donner l'air un peu fou ou décalé... ou même « pas tout à fait adulte ». Bref, c'est quelqu'un de pas fondamentalement raisonnable, souvent un peu dans les nuages, et facilement bavard si on commence incidemment à aborder son domaine de prédilection. Si l'on appelle l'étymologie au secours, geek viendrait du moyen-haut allemand geck, qui signifie littéralement « fou du village, marginal ». En somme, le geek est quelqu'un d'étrange et pas forcément fréquentable.
Le geek n'est pas forcément un fanatique des nouvelles technologies. On peut aussi être « book geek », « history geek », « maths geek » et pourquoi pas « Bible geek » ou « Chuck Norris geek ». L'important n'est pas tant la passion du geek que le simple fait d'être passionné au point d'en devenir potentiellement insupportable, ou au moins, étrange, et de vivre un peu « dans son monde ». On en rencontre un certain nombre parmi les rôlistes, souvent intarissables quand il s'agit de leur personnage, les fanatiques d'Isaac Asimov ou les scientifiques, mais on peut être « geek » de la littérature médiévale ou de la musique pop suédoise (et de Håkan en particulier).
Parmi les geeks célèbres, on peut compter Léonard de Vinci (et sa passion pour les machines volantes, à une époque où on pensait qu'un homme serait tué par une vitesse supérieure à celle du galop d'un cheval), Jules Verne, Isaac Asimov, Linus Torvalds, Richard Stallman, JRR Tolkien, peut-être James Joyce, Blixa Bargeld (dont le degré de geekitude frise l'indécence), Gary Gygax et Dave Arneson (les créateurs de Donjons et Dragons), Tim Burton, Claude-Nicolas Ledoux (architecte mais aussi utopiste) et encore beaucoup d'autres.
Peut-être que cet article peut donner l'impression que j'ai fait l'apologie du geek. Il faut donc que je modère un peu mes propos. Le geek s'expose souvent à quelques problèmes sociaux, dûs à son côté intarissable, et sachant qu'il est difficile de trouver des personnes partageant ses passions bizarres (plus la passion est étrange et plus le geek s'isole... Avant Internet, les geeks étaient souvent solitaires, comme Tolkien). De plus, vivre dans ses rêves comporte quelques risques, en particulier celui d'être un jour brutalement confronté à la réalité et de ne pas le supporter. Souvent, le geek est un être fragile et sensible que ses passions protègent. Cela n'est pas incompatible avec une inaptitude fondamentale à exprimer ses sentiments et une apparente rigidité. Avoir des passions débordantes permet de compenser quelque-chose - l'esprit humain a au moins autant horreur du vide que la nature.
Pour finir, une vidéo de l'une des geeks les plus bizarres que j'ai jamais pu rencontrer : Veronika Moreno, geek de la danse, de la musique, de la médecine, de la littérature, de la traductologie (si, si, ça existe), de l'ésotérisme et de tant de choses encore. Elle avait une bibliothèque aussi étrange que son appartement, une robe de mariée déchirée alors qu'elle ne s'est jamais mariée, des livres en 4 langues différentes et une tumeur au cerveau très rare qui résistait obstinément aux traitements. Elle est décédée en juin 2009, et c'est après sa mort que des gens ont commencé à s'intéresser à son travail de chorégraphe, mais seulement en Amérique latine et aux États-Unis. Encore une qui n'a pas survécu à ses rêves...
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